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RURALITÉS contemporaines

L’architecture face aux défis socio-environnementaux des espaces périmétropolitains


Résumé


Selon une récente étude, la surface d’occupation du sol urbain pourrait être multipliée par 6 d’ici 2100 (Liu et al., 2020). Notre responsabilité en tant qu’architectes et urbanistes face à cet enjeu est de développer une vision de territoire qui interroge les limites de la métropole.

Le projet de recherche intitulé Rurapolis se donne pour objectif de repenser l’espace suburbain à partir des ruines rurales existantes sur un territoire transfrontalier situé entre les Pyrénées Atlantiques en France, et la Navarre et l’Aragon en Espagne. L’évolution climatique de la région serait drastique à l’horizon 2050 (LIFE NAdapta, 2021) rendant viable le scénario d’une rurapole composée d’une trentaine de villages abandonnés. La réactivation de cet archipel de villages se base sur une méthodologie précise et multiscalaire, questionnant des projets invoquant la notion de ruralité contemporaine, afin de développer une proposition territoriale susceptible de faire modèle à l’échelle européenne.



La Rurapolis comme formation territoriale prend en considération la définition première de la métropole, en ne retenant de ce terme que son choronyme « polis », comprise ici comme une structure sociale et humaine enracinée dans un territoire, et libérée de tout déterminisme géographique autre que sa structure originelle. Dans Les Métropoles Barbares, Guillaume Faburel définit la métropole moderne européenne comme une forme invasive, associée « à la naissance des empires coloniaux européens et à l’exploitation des territoires conquis[1]». Dans son essai La España Vacía (L’Espagne vide), Sergio del Molino décrit le mythe d’un territoire inconnu et sauvage pour la plupart des espagnols, dont 80% de la population vit dans les grandes villes. Pour ce « pays de conquérants et de pilleurs tel que l’a été l’Espagne[2] », le désert démographique, accentué par l’exode rural, qui représente plus de la moitié du territoire espagnol est source à la fois de désespoir et de fantasmes de (re)conquête.

Entre 1985 et 2015, près de 10.000 km2 de territoires sur la planète ont été convertis en espace urbain chaque année. La surface du développement suburbain a augmenté de 80 % par-rapport à l’état des villes avant 1985. Ce taux d’urbanisation jamais connu jusqu’alors, quatre fois plus élevé que les estimations antérieures, pourrait en outre être amené à être multiplié par six d’ici 2100[3].

Or, comment remédier à ce modèle de développement urbain invasif ? Quel modèle proposer également face à la situation de crise environnementale et sociologique soulevée notamment par le dernier rapport du GIEC ? Il s’agit ici d’étudier un possible processus de retournement de la dialectique urbain–rural : comment repenser, à partir du monde rural, l’avenir des villes européennes, et imaginer des lieux du commun face aux enjeux environnementaux et socio–politiques ?


La Rurapolis s’ancre dans un espace transfrontalier situé entre les Pyrénées Atlantiques, en France, et les régions de Navarre et d’Aragon, en Espagne, partant du contexte suburbain de Pampelune, capitale de la Navarre. Cette petite métropole (un peu plus de 360.000 habitants sur environ 500km2)[4] s’est développée, à l’image de nombreuses villes européennes, en cercles concentriques autour de ses anciens remparts. Les quartiers suburbains sont progressivement sortis de terre, décennie après décennie, à partir de 1920, colonisant des terrains anciennement agricoles, recouvrant ou englobant des villages moribonds, frappés quelques années plus tôt par l’exode rural. À l’instar de la ville nouvelle de Sarriguren, où sont construits entre 2002 et 2008 environ 5000 logements sur les ruines de l’ancien village éponyme, dont ne subsistent aujourd’hui que l’église et trois édifices adjacents, conservés tels un symbole discret au cœur de l’horizon ultra-moderne de cet « éco-quartier » bétonné[5]. Les anciens habitants l’avaient abandonné dans les années 1960 pour chercher un avenir meilleur en ville et aujourd’hui, la ville a rattrapé le village. À seulement 9km à l’est de Sarriguren se situe Egulbati, un autre hameau également abandonné en 1961, à 1,5km d’Egulbati se trouve le village dépeuplé d’Eransus, un peu plus loin encore celui de Laboa, et ainsi de suite jusqu’en Aragon et aux confins de la frontière française, longeant la chaîne des Pyrénées. Pampelune et son aire urbaine, en croissance continuelle, concentrent 51% de la population totale de la Navarre. Or, se positionne en miroir de cette croissance urbaine endémique le reste de la région, comptabilisant le dépeuplement d’un total de 109 villages[6]. La formation à l’étude, appelée rurapolis, étudie la possibilité d’une réactivation de 31 de ces nucleus ruraux, formant une cité en réseau, sur un périmètre d’environ 700km2.

Fragments de Rurapolis | Crédits: Salomé Wackernagel

C’est précisément cette portion du territoire située à l’est de Pampelune, à l’orée des Pyrénées, qui devient intéressante dès lors qu’entre en jeu un autre paramètre : son évolution climatique, modélisée dans le cadre d’une étude du programme Life de l’Union Européenne en 2020, qui analyse l’évolution climatique de la Navarre de 1961 à 2080. La cartographie prévisionnelle établie montre une métamorphose des conditions bioclimatiques de la zone pyrénéenne d’ici 2050, passant d’une biosphère de haute montagne à des conditions équivalentes à une zone de moyenne montagne. À l’horizon 2080, la biosphère actuelle qui caractérise l’espace pyrénéen aura pratiquement disparu pour faire place à une immense colline, avec des conditions similaires à celles que l’on trouve actuellement dans le bassin de Pampelune. Face à cet état des lieux bioclimatique, l’archipel de la Rurapolis redevient une zone d’intérêt pour l’implantation d’une densification démographique respectueuse du territoire, de ses prérequis et de son évolution.

Les villages abandonnés ne devraient pas être amenés à connaître le destin de Sarriguren, c’est-à-dire presque entièrement ensevelis et sur-densifiés selon un mode de construction minéral et gourmand en énergie. En prenant en compte le bâti existant, les sols, les infrastructures et les modes de culture, il est possible d’imaginer un projet de réactivation en réseau alternatif. De fait, un contre–phénomène ponctuel de réactivation de villages a lieu sur le territoire à l’étude à partir des années 1980[7], qui se place dans la continuité de ce que l’on peut qualifier de « néo–ruralisme », un terme apparu à peu près au même moment[8], et qui interroge désormais une large partie de la société (avec les angoisses véhiculées par le changement climatique, et de surcroit depuis le début de la pandémie), où on l’on observe un regain d’intérêt pour le retour au rural.

Carte de la Rurapolis sur le territoire transfrontalier pyrénén (Navarre, Aragon, Nouvelle Aquitaine) | Crédits: Salomé Wackernagel

Deux réactivations, qui cependant n’impliquent pas de pensée au niveau territorial (se concentrant uniquement sur la réhabilitation d’un seul de ces villages ou hameaux), sont exemplaires sur le territoire à l’étude.


Premièrement, le travail qu’effectue en lien avec la communauté le studio Orekari, dans le village de Zoroquiain. Délaissé à partir des années 1960, situé à 20km de Pampelune, il se trouve dans une situation d’effondrement presque total lorsqu’il est racheté en 2015 par neuf familles qui décident de commencer par la transformation de l’église désacralisée en centre communautaire. Le raccordement à l’eau, l’électricité et le ramassage des ordures sont rétablies par les autorités publiques. Orekari est en charge depuis 2017 de superviser la réhabilitation de quatre des onze maisons qui composent le cœur de village, suivant un modèle de développement rural durable, basé sur l'architecture bioclimatique et l'autonomie énergétique. Ce mode de réhabilitation inclut l’auto-construction collective en « auzolan[9] » et la bioconstruction, avec notamment l’usage majoritaire de la paille (locale) et du bois, qui est renforcée par le réemploi des matériaux (les pierres issues des ruines). « Zoroquiain ouvre ainsi la voie à un nouveau paradigme, où l'habitat bioclimatique, l'auto-construction et la ruralité peuvent à nouveau se conjuguer à partir de la modernité et sans sortir du cadre légal, aidant à récupérer des espaces abandonnés et contribuant ainsi à la valorisation des petits centres de population ruraux.[10]»


Un autre exemple de réactivation sur le territoire à l’étude est le projet pour le village abandonné de Ruesta[11], en Aragon, par l’architecte Sergio Sebastián. Il ne s’agit pas ici à proprement parler d’une réhabilitation habitable (bien que l’on y trouve une auberge de jeunesse ouverte à l’année), mais plutôt d’un projet de revalorisation symbolique, destiné à freiner l’avancée, lente mais inexorable, du processus de la ruine. Traversé par une branche du chemin de St-Jacques de Compostelle, la première justification de ce projet à finalité patrimoniale et touristique est sa consolidation et sa sécurisation. Le projet réalisé en 2017 est issu d’un travail d’analyse minutieux de chaque bâtiment. Efficace et économique, il consiste à « compléter » les murs effondrés par un système poteau-poutre en béton brut : un parti-pris radical et minimaliste. Le béton coulé protège les murs en pierre de l’effondrement progressif et des mouvements latéraux, dessinant « tel un mémorial, une ligne blanche qui définit, depuis les airs, le motif de l’ancien village de Ruesta.[12] » Cette consolidation structurelle représente selon l’architecte « une alternative réaliste au phénomène d’abandon qui touche l’Espagne vide[13]».


Le dépeuplement rural et l’abandon de villages entiers se sont enclenchés cours des dernières décennies en raison d’un exode rural qui a bouleversé une grande partie de l’Europe. À l’heure où la reconsidération de l’espace périmétropolitain et rural est nécessaire au vu des présages de notre ère post-anthropocène, force est donc de constater que la (re)prise en main de ces territoires oubliés est envisageable et même souhaitable. Les deux exemples susnommés sont des projets de réactivation ponctuels, centrés autour de la revalorisation d’une seule entité. La dimension territoriale de la problématique implique de développer une vision d’ensemble de la réactivation des ruines rurales, qui par ailleurs ne concerne pas seulement les édifices des villages abandonnés, mais également les terres délaissées, les chemins, routes et les voies ferrées abandonnées. L’Espagne compte actuellement 4500km de voies ferrées désaffectées (contre 13.600km pour la France). Depuis 1994, un peu plus de 3200km de voies qui étaient auparavant également abandonnées ont été converties en pistes cyclables[14]. Sur le territoire à l’étude, il existe deux voies ferrées démantelées qui pourraient être récupérées dans le cadre d’un projet tel que la Rurapolis : les anciennes lignes reliant Pampelune à Aoiz et Sangüesa ; une partie du tronçon abandonné partant de Sangüesa (50km) a été reconverti en chemin naturel, destiné aux mobilités non motorisées, en 2022.

Après cet état des lieux effectué en lien avec le terrain à l’étude, un corpus théorique et conceptuel plus ample doit être invoqué, afin de mener à bien le scénario de Rurapolis en tant que projet de réactivation multiscalaire. Ce corpus convoque quatre perspectives projectuelles, fonctionnant pour la plupart hors-sol (c’est-à-dire développées dans un territoire fictif, bien que prenant racine sur une analyse contextuelle précise).


Countryside, A Report est l'essai qui accompagne l'exposition chorale Countryside, The Future, présentée au musée Guggenheim de New York en 2020. Rem Koolhaas et son équipe d’AMO y présentent une vision globale de la campagne et de ses mutations, avec une analyse historique et transversale depuis l'Antiquité, en passant par le phalanstère de Fourrier, projet utopique devant aboutir à des micro-cités autarciques déployées dans la campagne. Finalement, une vision optimiste de l'avenir de la campagne est déroulée, centrée d'une part autour d'un paysage préservé, et d'autre part autour de l'automatisation de la production alimentaire allant de l'usage de drones dans l'agriculture aux serres hight-tech.

La réflexion embryonnaire autour des capacités d’hybridation du territoire résiderait-elle dans le projet intitulé Berlin, A Green Archipelago[15]? Avec ce projet qui prend comme modèle d’expérimentation une ville (Berlin-Ouest en 1977) historique et dystopique, encerclée par un mur et dont la démographie est exsangue, les parties encore effectives « reposeraient telles des îles dans la superficie de la ville autrement libérée et formeraient un archipel d’architectures dans une lagune verte et naturelle[16]». Les architectes Oswald Mathias Ungers et Rem Koolhaas y« imaginent à côté de typologies paysagères telles que des parcs, des forêts denses et des surfaces d’exploitation agricole d’autres espaces tels que l’implantation de fermes urbaines, de réservoirs écologiques (...)[17]».


Dans la lignée des réflexions théoriques de Rem Koolhaas, avec lequel il a par ailleurs été amené à dialoguer récemment[18], le philosophe Sébastien Marot propose une vision futuriste esquissée en quatre scénarios. Avec l’exposition Agriculture and Architecture : Taking the country’s side (Prendre le parti de la campagne) présentée à la Triennale de Lisbonne en 2019, dont le manifeste est compilé sous forme d’ouvrage paru en 2022, il analyse les conséquences de l’industrialisation de l’agriculture pour le territoire. Il y remet en question l’avenir de nos métropoles par-rapport à notre vulnérabilité face à la crise écologique, mais aussi sanitaire, et où figure en avant-poste la problématique de l’autonomie alimentaire. Le dernier scénario, intitulé Sécession, est le plus radical : Sébastien Marot utilise la métaphore cosmique pour souligner le fait qu’il « s’affranchit » de l’« orbite des métropoles » existantes. Si ce scénario est « improbable à première vue, il est aussi le seul à prendre toute la mesure de la réorganisation profonde qu’appelle la situation d’impasse environnementale où nous nous trouvons[19] ».


Les deux exemples susmentionnés, s’ils pointent un nouveau centre d’intérêt – le milieu rural – et proposent un point de vue global, historique et visionnaire de la problématique, ne s’ancrent dans aucun contexte en particulier et ne proposent pas non plus de solution concrète. Il est donc intéressant de se pencher, à la suite de ces deux réflexions prospectives, sur deux appels à projet qui se situent sur des territoires transfrontaliers européens, afin d’apporter un regard comparatif qui viendra nourrir le projet de Rurapolis.


En 2018, la Fondation Braillard Architectes lance une consultation de recherche prospective pour le Grand Genève. Parmi les sept équipes invitées, le consortium chapeauté par l’urbaniste Paola Viganò y déroule une vision basée sur les fondamentaux : « Du sol et du travail : la transition, un nouveau projet bio-politique ». L’analyse du territoire transfrontalier se base sur l’étude des facteurs de dégradation des sols actuels et les conséquences qui en découlent, ainsi que les données prévisionnelles, calculées à l’horizon 2050, de l’augmentation des températures. Ici comme sur le bassin de Pampelune, les zones où la chaleur sera la plus forte sont exactement celles où se situe actuellement la ville – et donc la plus forte densité démographique.

Plusieurs « parcours » donnent à voir le « projet spatial et politique de décentralisation, d’équilibre territorial et de relations horizontales » allant « au-delà du centre et des périphéries ». À titre d’exemple, le premier prototype imagine un « développement agropolitain » qui s’implante dans le pays de Gex, côté français, en proposant une liaison frontalière : « La réouverture de la ligne de chemin de fer transforme St-Genis-Pouilly en un nœud important (…) espace de rencontre de dynamiques agropolitaines.[20]» La proposition générale est d’articuler le « territoire post-carbone » autour, d’une part, de « structures fortes » qui seraient composées entre autres de 75km de nouvelles voies ferrées – là aussi, ce maillage se reconstituerait à partir du réseau aujourd’hui disparu, reconstitué d’après une carte de 1925. En contrepied, les « structures faibles », comprenant 55% de zones forestières et boisées, 9% de zones humides et inondables, 11% d’aires urbaines, et 25% d’espaces agricoles cultivés. Viganò insiste aussi sur le fait d’instaurer une « habitabilité diffuse[21]» et une implantation de longue durée, basée sur un histogramme constitué à partir des villages originels du bassin du Grand Genève. Cette « métropole de villages » est un modèle de planification qui reprend une réalité historique, à l’encontre des planifications centralistes actuelles.


La consultation urbano-architecturale et paysagère Luxembourg in Transition est lancée en 2020 afin de réunir des propositions stratégiques pour la transition écologique de la région fonctionnelle transfrontalière luxembourgeoise. L’agence TVK propose une « infrastructure des territoires de subsistance », avec une méthode partant des modes de production des secteurs de l’alimentation et de la construction pour redonner, ici aussi, une consistance à un sol (progressivement grignoté, artificialisé et urbanisé). L’analyse permet « d’imaginer une transition vers un mode de subsistance plus raisonné, qui [met] sur un pied d’égalité la vision métropolitaine du territoire centré sur ses polarités urbaines, et la vision rurale focalisée sur les paysages ressources[22] ».

Dans la première saison du projet (2022-2025) les fermes d’agriculture intensive se reconvertissent progressivement à l’agriculture biologique, la coopération entre exploitations permettant une intervention sur le paysage, avec un redécoupage des pâturages en zones de 9ha maximum. Une reforestation progressive constituerait une ceinture autour de ces terres agricoles, tissant un écosystème à l’échelle du canton. Des chemins ruraux en réseau permettraient la circulation entre ces espaces.

Dans la quatrième saison (2038-2048), le rééquilibrage des sols évoqué plus haut passerait par une refonte du principe de propriété – les jardins privés seraient dans ce scénario mutualisés. Si la dimension utopique du projet tel qu’il est présenté est indéniable et sa viabilité peut être remise en question surtout aux niveaux économique et social, les auteurs soulignent dans leur rapport que « vivre différemment le territoire de la Région fonctionelle du Luxembourg en 2050 est avant tout un projet de société[23] ».


Si les références susmentionnées font état de contextes transrégionaux situés au cœur de l’Europe et sur–densifiés (le Grand Genève et le Luxembourg) bien différents du territoire à l’étude contenu à la lisière des Pyrénées (situé dans une zone historiquement rurale et dépeuplée), on retrouve néanmoins dans les deux cas de figure une problématique similaire : il s’agit de repenser, à partir des potentialités périurbaines et rurales, l’étalement urbain d’une entité qui se dilue progressivement sur le territoire. Pour le contexte qui nous intéresse, où ce noyau urbain est entouré d’un territoire peu dense, il n’existe pas encore d’alternative formulée face à la transition écologique. Celle-ci reste encore à esquisser, tant au niveau urbanistique qu’architectural et paysager. Le projet de Rurapolis s’articule autour de la mise en place d’une méthodologie concrète de réactivation de ruines rurales susceptible de faire modèle à l’échelle européenne. Elle intervient au niveau architectural, avec l’usage de matériaux biosourcés, comprenant un catalogue de plateformes et de « plots » de béton de terre crue (système d’activation incluant les câblages et connexions aux fluides pour les édifices réhabilités), le dessin d’ossatures en bois local et la mise en place d’un protocole de réemploi. Ces éléments d’intervention génériques viennent se greffer aux ruines, compléter et densifier les villages abandonnés, ainsi réactivés. À l’échelle territoriale, la réactivation des sols s’opère par le redécoupage et la reconversion en systèmes de cultures autorégénératives, et la remise en service du réseau de chemins et de voies ferrées permet d’engager des mobilités alternatives.

Typologies de la Rurapolis (Ruines du village abandonné de Beroiz, Navarre) | Crédits: Salomé Wackernagel

Ainsi, cette méthodologie-ressource est susceptible de constituer un atlas de typologies applicable à d’autres contextes. Elle inclut le développement territorial et l’expansion périurbaine dans un continuum narratif, qui sans remettre à l’ordre du jour des pratiques rurales obsolètes, préserve les usages et les sols tout en rendant la nécessité de repenser notre système, par la réactivation d’un patrimoine ancré dans notre imaginaire collectif, viable et attrayante. Cette démarche fait sens aujourd’hui car les prévisions climatiques et biosphériques rendent justement à ces territoires oubliés leur fonction d’habitabilité, en faisant des espaces post-urbains où nous puissions nous nourrir, vivre et respirer.



[1] Faburel Guillaume : Les métropoles barbares – Démondialiser la ville, désurbaniser la terre, Ed. Le Passager Clandestin 2020, p. 13

[2] Del Molina Sergio : La España vacía [L’Espagne vide], Ed. Turner 2016, p.31. Traduit de l’espagnol

[3] Liu Xiaoping et al.: High-spatiotemporal-resolution mapping of global urban change from 1985 to 2015, Nature Sustainability 3, 2020, pp. 564–570

[4] Selon l’Institut National de Statistique espagnol (Instituto Nacional de Estadística), 2019

[5] L’éco-quartier de Sarriguren a reçu en 2008 le Prix Européen d’Urbanisme dans la catégorie Environnement/Développement durable, pour sa densité modérée, les nombreux espaces verts et l’aspect bioclimatique des constructions (isolation supérieure à la moyenne nationale, panneaux solaires et récupération partielle de l’eau). Cependant, cette ville nouvelle représente un exemple typique de banlieue-dortoir avec des bâtiments de deux à cinq étages en structure béton, l’absence de brise-soleils et de zones d’ombres, une grande zone commerciale asphaltée et presque déserte, ainsi qu’une large place accordée à la circulation motorisée et des espaces verts extensifs et artificiels, nécessitant beaucoup d’entretien et peu adaptés au développement de la biodiversité.

[6] Maljean González Pablo, Pons Izquierdo Juan José : Despoblación y Despoblamiento en Navarra [Dépeuplement en Navarre], Universidad de Navarra (UNAV) 2021 – Étude cartographique et analyse de données interactive visible sur le site : https://storymaps.arcgis.com/stories/192370bc54a447c58f59e3818dd69210 rassemblant les données de recensement en Navarre de 1981 à 2020

[7] Floristán Samanes Alfredo: Los nuevos despoblados de Navarra [Les nouveaux villages dépeuplés de Navarre], Ed. Príncipe de Viana, Anejo 2-3, Homenaje a José María Lacarra, 1986 pp. 145-163

[8] Chevalier Michel : Les phénomènes néo-ruraux, in L’Espace Géographique 1981

[9] Terme en basque qui désigne la réalisation participative de tâches dans l’intérêt de la communauté [10] Cabodevilla Antoñana Ioar: Orekari Estudio, Auzolan – Construire en communauté, Conférence dans le cadre de la table ronde Rurapolis, École Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, 17.05.2022 – rediffusion disponible sur Youtube : https://youtu.be/MYutfCN3XEk

[11] Les habitants de Ruesta ainsi que de deux autres villages, Escó et Tiermas, ont été expropriés en 1959 afin de construire le barrage de Yesa, surnommé aujourd’hui la « mer des Pyrénées ». Les ruines de ces trois villages surplombent le barrage aujourd’hui.

[12] Sebastián Sergio: Rehabilitación de Ruesta, Plan de Actuación [Réhabilitation de Ruesta, Plan d’action], Blog de l’agence Sergio Sebastián Arquitectos, 19.02.2018 https://www.sergiosebastian.es/blog/2018/2/18/plan-de-actuacin-para-la-rehabilitacin-de-ruesta

[13] Sebastián Sergio: Ruesta, 2019 https://www.sergiosebastian.es/ruesta Traduit de l’anglais. L’auteur fait référence ici à cet immense espace dépeuplé qui couvre une large partie de la péninsule ibérique, titre de l’essai évoqué plus haut de Sergio del Molino (où figure par ailleurs dans les premières pages de l’ouvrage une visite au village abandonné de Ruesta, l’élevant ainsi au rang d’emblème de ce phénomène).

[14] Grâce aux programmes gouvernementaux de « voies vertes » (Programa de Vías Verdes, 1994), et de « chemins naturels » (Programa de Caminos Naturales, 2021).

[15] Qu’il développe sous l’égide d’Oswald Mathias Ungers avec Peter Riemann, Hans Kollhoff et Arthur Ovaska à l’Université de Cornell

[16] Koolhaas Rem: Berlin - un archipel de verdure, première version du manifeste d’Oswald Mathias Ungers et Rem Koolhaas avec Peter Riemann, Hans Kolhoff et Arthur Ovaska: La ville dans la ville, Berlin - un archipel de verdure 1977, in: Florian Hertwerk, Sébastien Marot (Edit.): La ville dans la ville, Berlin - un archipel de verdure, édition commentée, Lars Müller Publishers Zürich et UAA Archives Ungers pour la recherche architecturale 2013, p.12

[17] Brandlhuber Arno, Hertwerck Florian: Das Verhältnis der Stadt zur Natur [Le rapport de la ville à la nature], in The Dialogic City - Berlin wird Berlin [Berlin devient Berlin], Ed. Walther König, Cologne 2015, p. 94. Traduit de l‘allemand

[18] Taking the Country’s side : Rem Koolhaas et Sébastien Marot en conversation, Conférence à la Faculté d’Architecture La Cambre Horta, 20.11.2022 – rediffusion disponible sur Youtube : https://youtu.be/eLxd94JdMuM

[19] Marot Sébastien : Taking the Country’s side, Exposition dans le cadre de la Triennale de Lisbonne, 2019. Traduit de l’anglais

[20] Viganò Paola: Du sol et du travail : la transition, un nouveau projet bio-politique, Conférence à la Fondation Braillard Architectes, 13.10.2020 – rediffusion disponible sur Youtube : https://youtu.be/oeRdVToU5kY

[21] Viganò Paola, Hertwerck Florian, : Le sol comme projet commun, , Conférence à la Fondation Braillard Architectes, 04.02.2021 – rediffusion disponible sur Youtube : https://youtu.be/eTGOK-zyeRY

[22] TVK: Luxembourg in Transition – Infrastructure des territoires de subsistance, Deuxième pré-rapport de la Consultation internationale urbano-architecturale et paysagère : Vision territoriale pour le futur décarboné et résilient de la région fonctionnelle luxembourgeoise – horizon 2050, Mai 2021, p.66

[23] Ibid, p.71

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